La Société de transport de Montréal serre la vis aux itinérants dans le métro
Confrontée à une hausse du nombre de sans-abri depuis quelques années, la Société de transport de Montréal (STM) met en place des mesures temporaires contre le flânage dans le métro dans le but d'y réduire le nombre de personnes « sans objectif de déplacement » et d'y améliorer le sentiment de sécurité pour les usagers et les employés.
En conférence de presse, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a qualifié les mesures, qui seront en place au moins jusqu’au 30 avril, de déchirantes
, mais nécessaires.
Nous voulons nous recentrer sur les besoins de nos clients
, a souligné de son côté la directrice générale de la STM, Marie-Claude Léonard.
La STM met en place une obligation de circulation afin de donner aux constables spéciaux un levier additionnel pour intervenir plus efficacement en cas de situations problématiques
.
Marie-Claude Léonard a assuré qu'il s'agissait d'une instruction
qui serait appliquée avec bienveillance, discernement et jugement.
Quand on a des situations qui se dégradent, des comportements d'incivilité, de l'agressivité, on va vouloir qu'il y ait une circulation des gens. Mais les gens qui sont là, qui ne dérangent pas, on va avoir la même tolérance qu'on a toujours eue
, a-t-elle expliqué.
La Société de transport prévoit aussi de fermer des espaces considérés comme des points de tension en raison de leur utilisation quotidienne par des personnes sans objectif de déplacement
.
La STM souligne notamment des enjeux en lien avec la propreté des lieux, la présence de groupes criminels, des attroupements et de la consommation de drogue.
Ces zones identifiées seront réduites à l’aide de cloisons et de grillages dans neuf stations ciblées. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) va aussi déployer davantage de ses agents dans le métro.
Même s'asseoir pour se reposer ne sera plus possible
En entrevue à l’émission Tout un matin, avant l'annonce officielle de la STM, la directrice du Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), Annie Savage, a soutenu que ces mesures rendraient les lieux hostiles aux itinérants, notamment en les empêchant de dormir dans les stations de métro.
Depuis le début de la pandémie, la STM doit gérer comme elle peut un afflux de personnes itinérantes, un phénomène causé par l’effet combiné de trois crises simultanées : celle du logement, celle des opioïdes et celle des problèmes de santé mentale.
Selon Annie Savage, le flânage, la consommation de drogues et d'autres incivilités ne seront plus tolérés. Au besoin, les itinérants pourront également être expulsés.
On l’avait vu venir
, a-t-elle raconté, en citant un changement progressif dans les dernières années des politiques de la STM vis-à-vis de l’itinérance. On arrive à un point culminant où même s'asseoir pour se reposer ne sera plus possible.

Une scène captée jeudi matin à la station de métro Bonaventure.
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Des acteurs dépassés
Selon Annie Savage, les pouvoirs publics ont perdu le contrôle de la situation. Les organisations qui doivent composer avec l’itinérance, comme la STM ou le SPVM, sont tout simplement dépassées par l’ampleur du phénomène.
Maintenant, qu’est-ce qu’on fait, à part des dénombrements? On sait depuis 2022 que l’itinérance est en croissance. Qu’est-ce qu’on a fait comme société pour éviter la crise humanitaire qu’on vit depuis plusieurs années?
, demande-t-elle.
Annie Savage dit comprendre que la situation soit devenue intolérable pour les usagers du métro, mais elle s'inquiète de ne pas voir de mesures qui permettent de régler définitivement le phénomène.
Les solutions mises en place jusqu’à maintenant ne s’attaquent pas à la racine des crises à l’origine de l'afflux d’itinérants dans le métro, estime Mme Savage.
Le gouvernement doit se concentrer sur le développement de l’offre de logements sociaux et communautaires, de même que sur un meilleur accès à des soins de santé et à des centres de consommation supervisée, a-t-elle énuméré.

Selon le RAPSIM, les nouvelles mesures empêcheront les personnes itinérantes de dormir dans le métro.
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Il n'y a que deux endroits à Montréal qui permettent la consommation supervisée de drogue par inhalation, dont la controversée Maison Benoît-Labre, a-t-elle fait remarquer.
Et pourtant, on s’étonne de trouver des pipes à crack et de voir des gens consommer dans l’espace public et dans le métro
, constate-t-elle.
Le RAPSIM salue par ailleurs la volonté de la Ville de prolonger jusqu'au 30 avril l'ouverture de ses haltes-répit à l'hôtel de ville et sur le boulevard Marcel-Laurin.
La CAQ n’en fait pas assez
, dit QS
La co-porte-parole de Québec solidaire Ruba Ghazal a aussi déploré la situation à l’émission Tout un matin. Elle interpelle le gouvernement Legault pour qu'il en fasse davantage.
C’est extrêmement triste, il va y avoir des gens qui vont être mis dehors, mais en même temps, j’ai de la difficulté à blâmer la STM, parce que ce n’est pas leur responsabilité de s’occuper de la crise publique de l’itinérance
, a-t-elle expliqué.
Selon l'élue de Québec solidaire, si la STM en vient à une telle décision, c’est parce que le gouvernement de la CAQ n’en fait pas assez
.
Que le gouvernement de la CAQ prenne ses responsabilités. C’est à lui de s’occuper des services sociaux, de l’itinérance, de régler cette crise de santé publique. Quand François Legault ne s’en occupe pas, ça va dans la cour des autres, de la STM, de la Ville de Montréal, et ce n’est pas leur responsabilité
, soutient-elle.
Par ailleurs, Québec solidaire a proposé mercredi de transformer des sous-sols d'églises pour qu’ils soient utilisés comme refuges afin de combler le manque de places et de ressources pour les personnes itinérantes dans la métropole.
Ruba Ghazal appelle aussi François Legault à venir constater de ses yeux l’ampleur de la crise à Montréal.
Invité à réagir, le ministre responsable des Services sociaux, Lionel Carmant, soutient que son gouvernement comprend pleinement le sentiment d'insécurité des usagers dans le métro, où la cohabitation est un défi qui touche beaucoup de gens
.
M. Carmant rappelle que près de la moitié du transfert de 50 millions $ d'Ottawa à Québec destiné à mettre fin aux campements et à lutter contre l'itinérance servira à soutenir des projets à Montréal sur une période de deux ans.
En parallèle, les CIUSSS de Montréal, en collaboration avec la Ville et les organismes communautaires, adaptent leurs services sur le terrain en déployant des équipes spécialisées en santé mentale et en dépendance, des équipes mixtes et des navettes pour garantir un accompagnement psychosocial et pour faciliter l’accès aux services
, ajoute le ministre.
Avec les informations de Marc Verreault et de Véronique Prince
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